récit d'une mission au Congo

récit d'une mission au Congo

"anamorphosis"

par michael van overstraeten

les guerres

le contextePosted by Michael 24 Aug, 2007 22:05:22

Pour comprendre le Congo d’aujourd’hui, il n’est sans doute pas inutile de rappeler les circonstances des années de guerre car j’ai bien l’impression que peu d’informations ne soient parvenues à intéresser nos medias occidentaux. Ces guerres ont pourtant coûté la vie à plus de 4 millions de congolais, et continuent à faire des victimes aujourd’hui encore.

Tout avait donc commencé avec un génocide dans ce petit pays de la région des grands lacs que l’on nomme le Rwanda. Nous n’ignorons sans doute pas ces évènements où l’ethnie historiquement dominante, les Hutus, ont entrepris une extermination systématique des Tutsis et Hutus modérés par crainte de les voir prendre le pouvoir. Savions-nous par contre qu’à la fin de cette guerre, les génocidaires (milices Interahamwe), et Hutus poursuivis à leur tour, étaient plus de 2 millions à s’être réfugié dans l’est du Congo ?

C’est pourtant cela et la poursuite présumée de leurs activités contre les Tutsi congolais, qui ont servi de prétexte aux nouveaux dirigeants de ce Rwanda trop petit et surpeuplé, pour organiser une invasion de ce Congo, si vaste et si riche.

La première rébellion (1996-1997) visait à renverser Mobutu Sese Seko et était menée par un dirigeant militaire de l’est inconnu à l’époque, mais choisi par les rwandais car facile à manipuler: Laurent Désiré Kabila. Face à une armée congolaise démotivée, mal armée et mal ou pas payée, la tâche fut finalement assez aisée.

Durant les premiers mois de pouvoir, les fonctionnaires et autres militaires étaient à nouveau bien payés et l’ordre revenait, même si ce fût au prix d’une répression assez forte (voleurs fouettés dans la rue, par exemple…). Mais voila, Laurent Désiré Kabila se détournera progressivement du Rwanda pour mener sa propre politique. Il se détournera aussi de ses soutiens occidentaux, se tournant davantage vers la Russie ou l’Iran, ce qui explique peut-être en partie l’immobilisme de la communauté internationale face à la seconde guerre.

Cette seconde guerre, visant cette fois à renverser Kabila, partira donc également de l’est avec une invasion rwandaise sous couvert de la rébellion du RCD Goma (‘Rassemblement Congolais pour la Démocratie’), mais également une invasion ougandaise dans le nord-est sous couvert de la rébellion du MLC (‘Mouvement de Libération du Congo’) de Jean-Pierre Bemba.

L’armée congolaise ayant perdu son soutien du Rwanda dû rapidement céder du terrain, et le pays fût à nouveau coupé en 2, voire en 3 : le Nord occupé par l’Ouganda (et sa branche politique, le MLC), l’Est par le Rwanda (et sa branche politique, le RCD), et l’Ouest sous contrôle de l’armée régulière ayant reçu un appui de l’Angola, de la Namibie, du Zimbabwe, et dans une certaine mesure du Tchad, du Soudan et de la Libye.

Eh oui, il s’agissait bien du premier conflit panafricain impliquant près de 9 pays...

Les lignes de front resteront ensuite stables, entre-autres grâce aux héros de la résistance congolaise : les Maï-Maï. Ces guerriers traditionnels tirent leur force de l’eau magique qui rend leur corps résistant aux balles (et attention, les congolais ne plaisantent pas avec cela…)

Pendant cette période, les rwandais tentèrent néanmoins de prendre Kinshasa : ils eurent l'audace d’envoyer un avion sur la ville rempli de soldats, tel un cheval de Troie. L’aéroport et ses alentours furent occupé pendant plusieurs semaines…

Bref, ce pays divisé en trois menaçait sérieusement d’éclater définitivement et c’est un peu un miracle qu’aujourd’hui le territoire soit en partie à nouveau unifié.

En effet, sous l’égide des Nations Unies un dialogue ‘inter-congolais’ a été mis en place. Et bien que Laurent Désiré Kabila fût assassiné, et que par crainte d’un vide du pouvoir ce soit son fils Joseph qui reprit la présidence, un gouvernement de transition composé des différentes tendances (y-compris le MLC, et le RDC Goma) fût installé jusqu’aux élections.

Ces dernières furent un énorme succès, considérant les circonstances.

Aujourd’hui donc, le président Joseph Kabila, son gouvernement et le parlement ont une légitimité démocratique incontestable.

Et ce, malgré le dernier épisode conflictuel de mars denier où Jean-Pierre Bemba (MLC) tenta un coup d’état avec ses milices sur Kinshasa. Les stigmates de cet épisode sont toujours visibles sur chaque bâtiment du centre de la capitale, y-compris dans ma chambre avec l’impact de balle sur le mur et la fenêtre toujours trouée. JP Bemba, d’abord apprécié à Kinshasa a, suite à ces événements, perdu le soutien de la population, et j’avoue qu’il me semble difficilement compréhensible qu’il soit encore soutenu par certains occidentaux (dont Louis Michel).

En résumé on peut donc, malgré les problèmes qui subsistent et les risques (lire le prochain article…), tirer un coup de chapeau au jeune Kabila et aux Nations Unies (la force des casques bleus présente ici est la plus importante jamais déployée) pour cette stabilité et la réunification du pays et des différents forces armées – chose incroyablement complexe lorsqu’on commence à comprendre la situation.

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