récit d'une mission au Congo

récit d'une mission au Congo

"anamorphosis"

par michael van overstraeten

les premiers contacts

l'atterrissagePosted by Michael 25 Aug, 2007 01:55:00

Mes contacts avec la population, et le ‘vrai’ Kinshasa sont encore rares en raison de la charge de travail et de ma situation dans un logement transitoire.

Lors de mes quelques promenades du dimanche, je me retrouve à une déguster une bière sur une des terrasses du quartier de Lingwala.

Une occasion pour assister à un match de football entre deux quartiers de la ville. Malheureusement, celui-ci a du être interrompu. En effet, un mouvement de foule soudain a vidé les abords du terrain. Difficile de voir ce que le public fuyait. Après renseignement, il s’agissait d’un petit groupe de bandits munis de machettes qui sèment la confusion en vue de piller les maisons. Mais voila que la foule s’organise, se retourne contre les intrus et les poursuit dans les rues avoisinantes.

Outre les quelques artères principales toujours embouteillées où les voitures sont en mesure de zigzaguer entre les trous pour rester sur le revêtement; la majorité des rues sont dans un état de délabrement assez avancé. Rues de terre jonchées de trous et de détritus, elles sont bordées de maisons cachées derrière des murs d’enceinte toujours plus hauts. Le temps des petits murets laissant entrevoir les habitations est biens sûr aussi révolu dans les quartiers les plus aisés. Depuis les pillages de mars, la mode est aux barbelés qui coiffent des murs que l’on a par ailleurs encore rehaussés de quelques briques. Ne pas le faire serait comme ne pas voir de gardien, une invitation aux voleurs.

Certains critiqueront peut-être le manque d’entretien, le fait que les déchets soient abandonnés en bord de rue ou de rivière, mais qu’en serait-il chez nous en l’absence de tout service public. Sachant aussi bien sûr que la première priorité est à la survie. Et c’est bien dans cette optique également que les rues sont saturées de petits vendeurs qui vendent ce peut être vendu.

Reposons alors la question de savoir comment dans ces conditions je pourrais moi, un blanc, construire une connexion saine avec un congolais ‘de la rue’, malgré leur accueil qui est pourtant sincère. Car, que l’on le veuille ou non, le fossé social est bien là. Pour un congolais, le blanc est riche. Et à juste titre, quelque soit l’état d’esprit dans lequel on arrive, comparé à quelqu’un qui est en mode de survie, on est forcément riche.

Prenons pour exemple une autre de mes escapades dominicales, ou un congolais me demande s’il peut se joindre à ma table, ce qui ne me pose évidemment pas de problème. Une conversation agréable s’engage. Dany n’avait jamais rencontré de blanc. C’est alors qu’il me dit que ‘sa vie va changer aujourd’hui, que c’est une chance extraordinaire’. Difficile ensuite d’expliquer que, bien que je sois blanc, je ne suis pas en mesure de lui offrir un emploi. Plus difficile encore, étant supplié et comprenant sa situation, de rester ferme et de ne pas donner d’argent. Ce n’est pas de la mendicité, et cela rend peut-être les choses encore plus tragiques : une fois encore, simplement, c’est un acte de survie. Mon explication a eu pour conséquence qu’il m’a confié avoir maintenant ‘peur’ de moi. J’ignore pour quelle raison. Peut-être avais-je confirmé un a priori sur les blancs et cela en aura-t-il fait resurgir d’autres.

Lorsque l’on est confronté à la condition des enfants, la pauvreté est incontestablement d’autant plus émouvante. Ma visite d’un centre de santé, m’aura aidé à commencer à comprendre leur état de malnutrition. En effet, à côté des enfants soignés pour la malaria ou d’autres innombrables maladies, beaucoup sont là simplement pour être nourris. Dans le meilleur des cas leur mère les accompagne pour apprendre que c’est important et que le mari ne doit être prioritaire pour la nourriture, comme c’est traditionnellement le cas.

Dans le pire des cas, les enfants ont été abandonnés par manque de moyens, parfois sous le faux prétexte d’une accusation de sorcellerie.

C’est le cas pour ceux que j’ai eu la chance de rencontrer dans une école salésienne.

C’est le cas aussi pour les enfants de Kimbondo, un centre pédiatrique où, malgré les soins donnés, on déplore encore un à deux deuils par semaine. A Kimbondo pourtant les enfants ont le sourire et viennent immédiatement vers le visiteur pour l’entourer et le solliciter afin d’être pris dans ses bras. Car abandonnés, ils sont en manque d’affection.

Et enfin, c’est probablement aussi le cas pour ces enfants qui attendent autour de nos tables au bord du fleuve. Dès la fin de notre repas, ils se rapprochent munis d’un sac en plastique. Et de demander gentiment s’ils peuvent emporter les quelques restes, carcasses de poisson ou os de poulet.

Oui, sans doute est-ce cette situation-là qui m’aura mise le plus mal à l’aise au cours de ce premier mois…

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