récit d'une mission au Congo

récit d'une mission au Congo

"anamorphosis"

par michael van overstraeten

la maison

le quotidienPosted by Michael 11 Sep, 2007 09:36:33

Après six semaines d’activité, j’ai enfin pu intégrer mon logement définitif. J’aurai finalement repris le bail de la maison occupée jusque là par mon prédécesseur. Une maison ? Oui, une maison. Me voilà fort éloigné de mes idéaux où je m’imaginais dans un modeste appartement non loin des quartiers populaires. Alors qu’a-t-il bien pu se passer ?

Kinshasa est une grande ville, une très grande ville. Kinshasa vit sous une agitation constante. Les kinois sont pauvres, très pauvres. Si vous avez lu mon article sur « les premiers contacts », vous commencerez peut-être à comprendre pourquoi il serait virtuellement impossible pour moi, un blanc, de vivre en milieu populaire à Kinshasa.

Alors il reste la Gombe, ce quartier du centre de Kinshasa qui abrite les administrations, les institutions internationales, et au côté des rares kinois riches… les expatriés. Le choix du quartier s’est donc imposé malgré moi, même s’il offre bien sur des avantages. La proximité du bureau par exemple; fait non négligeable quand on mesure l’ampleur des embouteillages sur les deux ou trois routes principales encore ouvertes. Et puis aussi, la meilleure régularité de l’approvisionnement en électricité ou en eau.

Gombe, soit. Mais une maison ? Et bien c’est qu’avec le retour des nombreuses ONG et l’omniprésence des Nations Unies, les prix sont devenus grotesques tellement ils sont disproportionnés. Un bref sondage sur les prix des appartements disponibles a rapidement contribué à me convaincre. Et il vrai que c’est choquant de voir les appartements loués entre 2000€ et 6000€ dans une ville ou plus de 90% de la population vit sous le seuil de pauvreté…

L a reprise d’un bail existant pour la maison m’a donc permis de rester bien en deçà de ces prix indécents. Mais me voilà donc tel un colon, barricadé dans une maison trop grande pour moi, sur une parcelle bordée de murs de 2m surmontés de barbelés.

Il est vrai que vu ma charge de travail et l’oppression constante de l’agitation et des embouteillages en ville, je ne serai pas mécontent de trouver un peu de quiétude dans cette maison. Mais tout de même, de ce point de vue, je me retrouve assez loin de mes idéaux.

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les tracasseries

le quotidienPosted by Michael 11 Sep, 2007 09:35:22

Tracasserie, c’est le nom que l’on donne pudiquement aux tentatives de corruption. Les agents de l’état, qu’ils soient policiers, militaires, douaniers, fonctionnaires ou autres, étant peu payés, tentent d’arrondir leurs fin de mois par l’imposition de taxes imaginaires.

Cela ne se limite d’ailleurs pas aux agents en tant qu’individus, les institutions de l’état ou les entreprises publiques usent et abusent d’astuces pour remplir les caisses. L’imagination est souvent sans limite lorsqu’il s’agit de trouver de nouvelles rentrées.

Il ne sera par exemple pas rare de voir un agent de la DGM (Direction Générale des Migrations) vous présenter un faux document argumentant que la région que vous souhaitez visiter nécessite un permis spécial (presque inventé sur le champ). Inutile de dire que ce ‘permis’ peut être obtenu sur place moyennant le paiement de la taxe y afférant.

Quand aux déplacements quotidiens, ils seront parfois entravés par le ‘roulage’ (police de la route), ou par d’autres agents en mal d’argent qui cherchent soit à remplir les caisses de leur administration, soit les leurs. Un contrôle d’extincteur, d’identité, de permis, ou de bien d’autres choses, vous coutera des dizaines de minutes de discussion ou peut-être un ‘sucré’. Le terme de ‘sucré’ désigne les boissons sucrées (cola, et autres), mais désigne aussi le bakchich qui permettra de se sortir plus facilement de ce genre de situation, et puis finalement c’était de toute façon surement cela l’objectif du contrôle.

En Europe, nous soupçonnons parfois nos dirigeants d’installer des radars pour remplir les caisses de l’état. Mais ici, c’est une évidence. Pas de radars bien sûr, mais une augmentation suspecte des divers contrôles à chaque fin de mois.

Cela dit, soyons honnête, j’ai pour ma part été plutôt épargné par ce genre de situation et il semblerait qu’elles soient plus rares – ou non, disons plutôt moins fréquentes – que par le passé.

Quand aux tracasseries organisées, elles peuvent par exemple concerner la SNEL (Société Nationale d’Electricité) ou la REGIDESO (eh oui, en ce qui concerne les noms, les congolais ont aussi beaucoup d’imagination). Etant donné qu’ils ne suivent pas correctement les paiements, ils viendront fréquemment vous réclamer des factures imaginaires ou vielles de dix ans, sous peine de coupure.

En ce qui me concerne, je viens par exemple d’emménager, ce qui signifie donc naturellement que le locataire de cette maison vient de changer. Et bien, les nouvelles iront très vite. J’ai donc été mis en garde sur le fait que je peux m’attendre à voir débarquer dans les jours à venir d’innombrables agents de l’état. Ils ressortiront de vielles factures ou inventeront de nouvelles taxes...

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les risques d’extension du conflit

le contextePosted by Michael 10 Sep, 2007 09:42:01

La milice de Laurent Nkunda jouit de la complicité présumée du Rwanda. Ce dernier offre un soutien logistique, mais il semblerait également que 12000 soldats rwandais aient à nouveau franchi la frontière avec le Congo.

Depuis la reprise des hostilités, de plus en plus de voix s’élèvent au Congo pour réclamer une paix durable imposée, c’est-à-dire après un règlement définitif de la question par les armes. Certains plaident aujourd’hui ouvertement pour attaquer le Rwanda. Soixante millions de congolais devraient venir à bout de cinq millions de rwandais, pensent-ils. Ils sont néanmoins conscients que leur armée est moins organisée et beaucoup moins armée, serait-ce cela qui les retient pour l’instant ?

Probablement pas, les autorités sont plus modérées et des échanges diplomatiques entre les acteurs existent. Mais si cette tendance continue à prendre de l’importance, le gouvernement pourrait à son tour être en danger. Le sentiment de défiance est déjà bien présent, essentiellement en raison de l’absence de résultats visibles dans les autres politiques (un remaniement ministériel devrait d’ailleurs intervenir dans le courant de ce mois pour calmer les mécontents).

Cela dit, considérant les forces en présence, une attaque unilatérale du Rwanda par le Congo me semble peu plausible. Par contre, un nouvel embrasement du Nord-Kivu et même du Sud-Kivu n’est pas à exclure, et à partir de là une implication directe du Rwanda voire de l’Ouganda et du Burundi devient probable. La conséquence pourrait alors être la scission définitive du pays.

Quand à la MONUC, ayant perdu sa crédibilité auprès de la population et des autorités congolaises, beaucoup souhaitent la voir partir. Ceci bien sûr n’arrangerait rien. Cela dit, même si elle reste, on voit mal ce qu’elle pourrait faire.

Heureusement nous n’en sommes pas là, mais ce sentiment d’espoir en la paix que j’avais perçu en arrivant à Kinshasa semble s’estomper un peu depuis quelques jours.

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la reprise des combats et le rôle de la MONUC

le contextePosted by Michael 10 Sep, 2007 09:40:51

Les combats ont repris il y a un peu plus de dix jours dans le Nord Kivu. Je me vois donc obligé de rédiger un nouvel article lié au contexte dans cette région. Rappelons que la situation y est plus particulièrement complexe en raison de la présence des Hutus rwandais (dont les anciens génocidaires) d’une part et de milices Tutsi extrêmement brutales d’autre part, qui sous couvert de la protection des minorités n’hésitent pas à entreprendre pillages et autres exactions.

La milice la plus problématique est dirigée par le ‘général’ tutsi Laurent Nkunda. Elle a refusé d’intégrer l’armée régulière congolaise et se rend régulièrement coupable d’atrocités envers les populations civiles. La nouvelle FARDC (armée régulière) tente de réussir l’impossible, à savoir rassembler les ennemis d’hier (MLC, RCD Goma, armée régulière, et autres) dans une même armée nationale congolaise par une opération nommée ‘brassage’ (après le ‘mixage’ qui a échoué). Seules quelques milices, dont celle de Nkunda, résistent.

De mon point de vue, l’offensive menée par les FARDC la semaine dernière paraît donc parfaitement légitime car ces milices sont sans foi ni loi et sont de plus une menace pour la paix dans l’ensemble du Congo. Ajoutons que la version officielle ne parle pas d’offensive, mais de réponse à une agression, même si sur ce point, je suis moins convaincu. Chacun saura que je ne suis à priori pas favorable aux options militaires ou répressives, mais face à des tueurs les options sont limitées…

Malheureusement ces nouveaux combats auront à nouveau couté beaucoup de vies civiles et contraint plus de 30000 réfugiés à fuir.

‘Mais que fait la MONUC ?’ vous dira la population. La MONUC (casques bleus) perd ici de plus en plus de crédibilité. Il est vrai qu’ici à Kinshasa, ils n’ont aujourd’hui aucune utilité. Et les voir patrouiller dans leurs chars blancs ou leurs belles voitures est il est vrai un peu irritant.

Et quand la MONUC s’interpose (ou tente de le faire), le sentiment général est qu’ils comprennent très mal la situation, voire prennent parti pour le gouvernement rwandais. C’est ainsi que dans les combats récents, ils ont imposé un cessez-le-feu (local, et limité à la ville de Sake) protégeant de facto les milices de Nkunda. Citons ici un article du journal l’Avenir finalement assez clairvoyant :

« Surtout, il ne faudra pas compter sur la Monuc. Car, la mission de l’Onu, ainsi que l’a déclaré Nkunda sous un ton d’éloge, s’est montrée neutre dans ce dossier. La Monuc ne devrait pas prendre cela comme un éloge. Car, en effet, elle ne peut être neutre dans cette situation sans trahir le gouvernement congolais et se trahir elle-même. On s’est toujours posé la question de savoir comment et pourquoi la situation d’insécurité persiste dans l’Est du Congo où certaines actions de violence sont commises sous la barbe des casques bleus. »

L’origine de tout cela ? Il faut noter que Nkunda instrumentalise le génocide comme le fait le régime rwandais actuel pour justifier les interventions au Congo et sensibiliser la communauté internationale qui, il faut bien le reconnaître, semble avoir une vision faussée de la situation.

« En fait, Nkunda a bien retenu à leçon de Kigali qui fonde depuis toujours sa survie diplomatique sur le génocide utilisé comme fonds de commerce. Les rwandophones congolais ont également besoin de leur génocide pour obtenir l’attention certes, mais avant tout la complicité silencieuse de la communauté internationale. Tout ne doit pas s’arrêter à cette prise de conscience. » (source : ‘Combats au Nord-Kivu : la Monuc s’interpose à Sake et sauve Nkunda de la traque des Fardc !’, L’Avenir, le 08/09/2007)

Le fait de vivre à Kinshasa et de discuter avec les kinois m’a permis de mieux appréhender la situation et de me différentier du point de vue dominant dans la communauté internationale. Mais notons néanmoins pour conclure que je ne souscris pas non plus totalement au point de vue congolais. C’est vrai, la MONUC semble un peu en dehors des réalités politiques, mais son mandat est ainsi fait. Et si ce cessez-le-feu a favorisé Nkunda, ce qui est regrettable ; il a aussi permis de protéger la population de la ville de Sake qui allait faire les frais des combats, ce qui est louable.

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la première mission - Kisangani

les missionsPosted by Michael 08 Sep, 2007 14:04:58
Ma première mission de supervision dans l’intérieur du pays eut lieu à Kisangani, dans la Province Orientale. Quatre jours, c’est bien court, particulièrement avec des journées de travail bien remplies. Mais cela aura néanmoins permis de découvrir cette belle ville tropicale, située en pleine forêt primaire et au bord du fleuve Congo.

Quel calme, et quel contraste avec Kinshasa !

Mis à part les quelques véhicules des ONGs et de l’ONU, aucune voiture ne vient troubler le sommeil de Kisangani. Les transports se font pour la plupart à vélo, ou bien sur en pirogue. Il faut dire que Kisangani a beaucoup souffert de la guerre et est restée très isolée.

Le souvenir des derniers affrontements est d’ailleurs très vif et alimente toujours les conversations. Ils opposaient les Rwandais aux Ougandais, chacun postés sur une rive du fleuve pour prendre le contrôle de la ville qui s’en trouvait prise en tenaille. Cet épisode restera connu sous le nom de la ‘guerre des six jours’. Ce qui fût autrefois la troisième ville du pays s’est depuis largement vidée de ses habitants, fuyant les combats.

Aujourd’hui, Kisangani est tranquille et très agréable à vivre. Les taxi-vélos sont le seul mode de transport urbain. Il ne s’agit de rien de plus que d‘un vélo ordinaire muni d’un coussin posé sur le porte-bagage. Et les congolais de raconter comment ce mode de transport peut conduire a des situations cocasses, comme cette grosse mama qui s’asseyant sur le vélo fit basculer le jeune gringalet qui devait la conduire ; ou encore ces mamas affolées qui frappent le conducteur avec leur sac en plastique lorsque celui-ci prend trop de vitesse dans les descentes.

La vie n’en est pour autant pas moins dure dans cette région, son isolement rend les approvisionnements rares et difficiles. Deux semaines de vélo par exemple pour ravitailler Buta (une autre sous-coordination lèpre/tbc) en carburant.

Beaucoup de villages ne sont accessibles que par pirogue. J’ai d’ailleurs eu la chance de pouvoir naviguer quelques heures sur la Tshopo, un affluent de l’immense fleuve Congo, et de prendre ces premières photos...

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les premiers contacts

l'atterrissagePosted by Michael 25 Aug, 2007 01:55:00

Mes contacts avec la population, et le ‘vrai’ Kinshasa sont encore rares en raison de la charge de travail et de ma situation dans un logement transitoire.

Lors de mes quelques promenades du dimanche, je me retrouve à une déguster une bière sur une des terrasses du quartier de Lingwala.

Une occasion pour assister à un match de football entre deux quartiers de la ville. Malheureusement, celui-ci a du être interrompu. En effet, un mouvement de foule soudain a vidé les abords du terrain. Difficile de voir ce que le public fuyait. Après renseignement, il s’agissait d’un petit groupe de bandits munis de machettes qui sèment la confusion en vue de piller les maisons. Mais voila que la foule s’organise, se retourne contre les intrus et les poursuit dans les rues avoisinantes.

Outre les quelques artères principales toujours embouteillées où les voitures sont en mesure de zigzaguer entre les trous pour rester sur le revêtement; la majorité des rues sont dans un état de délabrement assez avancé. Rues de terre jonchées de trous et de détritus, elles sont bordées de maisons cachées derrière des murs d’enceinte toujours plus hauts. Le temps des petits murets laissant entrevoir les habitations est biens sûr aussi révolu dans les quartiers les plus aisés. Depuis les pillages de mars, la mode est aux barbelés qui coiffent des murs que l’on a par ailleurs encore rehaussés de quelques briques. Ne pas le faire serait comme ne pas voir de gardien, une invitation aux voleurs.

Certains critiqueront peut-être le manque d’entretien, le fait que les déchets soient abandonnés en bord de rue ou de rivière, mais qu’en serait-il chez nous en l’absence de tout service public. Sachant aussi bien sûr que la première priorité est à la survie. Et c’est bien dans cette optique également que les rues sont saturées de petits vendeurs qui vendent ce peut être vendu.

Reposons alors la question de savoir comment dans ces conditions je pourrais moi, un blanc, construire une connexion saine avec un congolais ‘de la rue’, malgré leur accueil qui est pourtant sincère. Car, que l’on le veuille ou non, le fossé social est bien là. Pour un congolais, le blanc est riche. Et à juste titre, quelque soit l’état d’esprit dans lequel on arrive, comparé à quelqu’un qui est en mode de survie, on est forcément riche.

Prenons pour exemple une autre de mes escapades dominicales, ou un congolais me demande s’il peut se joindre à ma table, ce qui ne me pose évidemment pas de problème. Une conversation agréable s’engage. Dany n’avait jamais rencontré de blanc. C’est alors qu’il me dit que ‘sa vie va changer aujourd’hui, que c’est une chance extraordinaire’. Difficile ensuite d’expliquer que, bien que je sois blanc, je ne suis pas en mesure de lui offrir un emploi. Plus difficile encore, étant supplié et comprenant sa situation, de rester ferme et de ne pas donner d’argent. Ce n’est pas de la mendicité, et cela rend peut-être les choses encore plus tragiques : une fois encore, simplement, c’est un acte de survie. Mon explication a eu pour conséquence qu’il m’a confié avoir maintenant ‘peur’ de moi. J’ignore pour quelle raison. Peut-être avais-je confirmé un a priori sur les blancs et cela en aura-t-il fait resurgir d’autres.

Lorsque l’on est confronté à la condition des enfants, la pauvreté est incontestablement d’autant plus émouvante. Ma visite d’un centre de santé, m’aura aidé à commencer à comprendre leur état de malnutrition. En effet, à côté des enfants soignés pour la malaria ou d’autres innombrables maladies, beaucoup sont là simplement pour être nourris. Dans le meilleur des cas leur mère les accompagne pour apprendre que c’est important et que le mari ne doit être prioritaire pour la nourriture, comme c’est traditionnellement le cas.

Dans le pire des cas, les enfants ont été abandonnés par manque de moyens, parfois sous le faux prétexte d’une accusation de sorcellerie.

C’est le cas pour ceux que j’ai eu la chance de rencontrer dans une école salésienne.

C’est le cas aussi pour les enfants de Kimbondo, un centre pédiatrique où, malgré les soins donnés, on déplore encore un à deux deuils par semaine. A Kimbondo pourtant les enfants ont le sourire et viennent immédiatement vers le visiteur pour l’entourer et le solliciter afin d’être pris dans ses bras. Car abandonnés, ils sont en manque d’affection.

Et enfin, c’est probablement aussi le cas pour ces enfants qui attendent autour de nos tables au bord du fleuve. Dès la fin de notre repas, ils se rapprochent munis d’un sac en plastique. Et de demander gentiment s’ils peuvent emporter les quelques restes, carcasses de poisson ou os de poulet.

Oui, sans doute est-ce cette situation-là qui m’aura mise le plus mal à l’aise au cours de ce premier mois…

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les risques

le contextePosted by Michael 24 Aug, 2007 23:19:33

Quelle est la situation aujourd’hui et quelles sont les perspectives d’avenir ?

Commençons par préciser à nouveau que ces guerres ont complètement anéanti ce Congo qui souffre décidément tellement d’être si riche. Plus de routes ou d’infrastructures et donc plus de production, un état inexistant, une seule préoccupation subsiste pour la grande majorité des congolais : l’alimentation et la survie…

Rappelons donc aussi que cette situation n’est pas due, comme certains pourraient le penser, à un manque de volonté, de travail, ou de 'bonne gouvernance'. Les congolais sont compétents, travailleurs, et décidés à construire une grande nation. Cela dit, les puissances militaires régionales, ou les puissances économiques mondiales le permettront-elles ?

Mais revenons-en à la situation actuelle et aux risques potentiels.

La situation à l’est du Congo attise toujours les tensions avec le Rwanda voisin. Je m’en réfère pour illustrer cela au discours du ministre des affaires étrangères rwandais de ce jeudi qui comparait la présence des réfugiés hutus au Congo à Al Qaeda, soit une menace qu’il faut éliminer à tout prix. Les rébellions qui subsistent sont toujours en partie soutenues par le Rwanda qui accuse les FARDC (‘Forces Armées de la République Démocratique du Congo’) de ne pas parvenir à, ou de ne pas vouloir, désarmer et contrôler les FDLR (‘Forces Démocratiques de Libération du Rwanda’) – les anciens génocidaires.

En parallèle, les congolais voient d’un très mauvais œil le retour des réfugiés Banyamulenge (Tusti du Congo) qui avaient fuit des massacres perpétrés par des Hutus et certains soutiens congolais. Pour preuve, le UNHCR (‘Haut Commissariat des Nations Unies pour les Réfugies’) avait dû se retirer de Moba dans l’est du pays suite à campagne de désinformation les accusant de faire venir au Congo des Tutsi étrangers.

Enfin, en marge des tensions dues à des forces militaires ou milices organisées, il convient d’imaginer ce qui peut arriver avec les petits groupes de soldats démobilisés et non-payés. Ils errent dans la brousse la recherche de ressources, c’est-à-dire bien souvent au travers de pillages et autres exactions.

Du point de vue politique et à Kinshasa, ces derniers jours ont été marqués par plusieurs décès de conseillers proches du président. Sans doute trop pour que les congolais puissent encore croire à des coïncidences d’autant que l’empoisonnement semble avoir été fréquemment utilisé, entre-autres sous Mobutu, pour éliminer les rivaux. Les rumeurs sont donc nombreuses, ambitions personnelles de certains ou réelle tentative de déstabilisation de l’Etat, l‘avenir le dira peut-être.

Il reste que le sentiment qui continue de dominer est l’espoir et la joie de la paix retrouvée.

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les guerres

le contextePosted by Michael 24 Aug, 2007 22:05:22

Pour comprendre le Congo d’aujourd’hui, il n’est sans doute pas inutile de rappeler les circonstances des années de guerre car j’ai bien l’impression que peu d’informations ne soient parvenues à intéresser nos medias occidentaux. Ces guerres ont pourtant coûté la vie à plus de 4 millions de congolais, et continuent à faire des victimes aujourd’hui encore.

Tout avait donc commencé avec un génocide dans ce petit pays de la région des grands lacs que l’on nomme le Rwanda. Nous n’ignorons sans doute pas ces évènements où l’ethnie historiquement dominante, les Hutus, ont entrepris une extermination systématique des Tutsis et Hutus modérés par crainte de les voir prendre le pouvoir. Savions-nous par contre qu’à la fin de cette guerre, les génocidaires (milices Interahamwe), et Hutus poursuivis à leur tour, étaient plus de 2 millions à s’être réfugié dans l’est du Congo ?

C’est pourtant cela et la poursuite présumée de leurs activités contre les Tutsi congolais, qui ont servi de prétexte aux nouveaux dirigeants de ce Rwanda trop petit et surpeuplé, pour organiser une invasion de ce Congo, si vaste et si riche.

La première rébellion (1996-1997) visait à renverser Mobutu Sese Seko et était menée par un dirigeant militaire de l’est inconnu à l’époque, mais choisi par les rwandais car facile à manipuler: Laurent Désiré Kabila. Face à une armée congolaise démotivée, mal armée et mal ou pas payée, la tâche fut finalement assez aisée.

Durant les premiers mois de pouvoir, les fonctionnaires et autres militaires étaient à nouveau bien payés et l’ordre revenait, même si ce fût au prix d’une répression assez forte (voleurs fouettés dans la rue, par exemple…). Mais voila, Laurent Désiré Kabila se détournera progressivement du Rwanda pour mener sa propre politique. Il se détournera aussi de ses soutiens occidentaux, se tournant davantage vers la Russie ou l’Iran, ce qui explique peut-être en partie l’immobilisme de la communauté internationale face à la seconde guerre.

Cette seconde guerre, visant cette fois à renverser Kabila, partira donc également de l’est avec une invasion rwandaise sous couvert de la rébellion du RCD Goma (‘Rassemblement Congolais pour la Démocratie’), mais également une invasion ougandaise dans le nord-est sous couvert de la rébellion du MLC (‘Mouvement de Libération du Congo’) de Jean-Pierre Bemba.

L’armée congolaise ayant perdu son soutien du Rwanda dû rapidement céder du terrain, et le pays fût à nouveau coupé en 2, voire en 3 : le Nord occupé par l’Ouganda (et sa branche politique, le MLC), l’Est par le Rwanda (et sa branche politique, le RCD), et l’Ouest sous contrôle de l’armée régulière ayant reçu un appui de l’Angola, de la Namibie, du Zimbabwe, et dans une certaine mesure du Tchad, du Soudan et de la Libye.

Eh oui, il s’agissait bien du premier conflit panafricain impliquant près de 9 pays...

Les lignes de front resteront ensuite stables, entre-autres grâce aux héros de la résistance congolaise : les Maï-Maï. Ces guerriers traditionnels tirent leur force de l’eau magique qui rend leur corps résistant aux balles (et attention, les congolais ne plaisantent pas avec cela…)

Pendant cette période, les rwandais tentèrent néanmoins de prendre Kinshasa : ils eurent l'audace d’envoyer un avion sur la ville rempli de soldats, tel un cheval de Troie. L’aéroport et ses alentours furent occupé pendant plusieurs semaines…

Bref, ce pays divisé en trois menaçait sérieusement d’éclater définitivement et c’est un peu un miracle qu’aujourd’hui le territoire soit en partie à nouveau unifié.

En effet, sous l’égide des Nations Unies un dialogue ‘inter-congolais’ a été mis en place. Et bien que Laurent Désiré Kabila fût assassiné, et que par crainte d’un vide du pouvoir ce soit son fils Joseph qui reprit la présidence, un gouvernement de transition composé des différentes tendances (y-compris le MLC, et le RDC Goma) fût installé jusqu’aux élections.

Ces dernières furent un énorme succès, considérant les circonstances.

Aujourd’hui donc, le président Joseph Kabila, son gouvernement et le parlement ont une légitimité démocratique incontestable.

Et ce, malgré le dernier épisode conflictuel de mars denier où Jean-Pierre Bemba (MLC) tenta un coup d’état avec ses milices sur Kinshasa. Les stigmates de cet épisode sont toujours visibles sur chaque bâtiment du centre de la capitale, y-compris dans ma chambre avec l’impact de balle sur le mur et la fenêtre toujours trouée. JP Bemba, d’abord apprécié à Kinshasa a, suite à ces événements, perdu le soutien de la population, et j’avoue qu’il me semble difficilement compréhensible qu’il soit encore soutenu par certains occidentaux (dont Louis Michel).

En résumé on peut donc, malgré les problèmes qui subsistent et les risques (lire le prochain article…), tirer un coup de chapeau au jeune Kabila et aux Nations Unies (la force des casques bleus présente ici est la plus importante jamais déployée) pour cette stabilité et la réunification du pays et des différents forces armées – chose incroyablement complexe lorsqu’on commence à comprendre la situation.

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un mois plus tard

l'atterrissagePosted by Michael 24 Aug, 2007 22:01:04
Et bien oui, cela fait un mois que je suis arrivé à Kinshasa. Tellement de choses à raconter que je ne sais par où commencer...

Je crains qu'avant de revenir sur mes premières impressions personnelles, il ne soit important de clarifier le contexte actuel au Congo.
Je m'excuse donc à l'avance des deux ou trois articles qui vont suivre et qui seront quelque peu indigestes pour ceux que cela n'intéresse pas.
Je promets néanmoins que je reviendrai dès que possible sur mes quelques expériences concrètes au contact des congolais et sur les premiers chocs émotionnels face à la condition des enfants en détresse...

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après 36 heures

l'atterrissagePosted by Michael 26 Jul, 2007 22:27:39
"alea jacta est". J’ai atterri à Kinshasa ce mercredi matin.

Nous sommes jeudi soir et il est bien trop tôt pour me lancer dans une interminable description de mes impressions sur la RDC et sur mon rôle au sein de la Fondation Damien.

Je dirai simplement que du point de vue professionnel mes sensations sont excellentes. L’équipe, l’accueil, le cadre, la fonction, pas de soucis majeurs en vue.

Quand aux premières impressions de la RDC, il est en effet trop tôt d’autant que je n’ai pas encore vraiment au l’occasion de quitter le cadre de la Fondation Damien.
Néanmoins, ce que l’on ressent d’emblée c’est un espoir énorme chez les Congolais. Après de nombreuses années de guerres qui, rappelons-le, auraient fait plus de 3 millions de victimes, il y a ici comme une forme de dynamisme particulier, un enthousiasme et une certitude que l’avenir sera bien plus favorable.

Ce qui frappe aussi, c’est l’omniprésence des ONG et des institutions internationales comme l’ONU. C’était d’ailleurs déjà perceptible dans ma recherche d’emploi puisque près d’un tiers des postes à pourvoir concernaient la RDC. Le retour d’une situation politique propice y est certainement pour beaucoup.
J’imagine que cela posera question à terme si l’on considère le nombre d’emplois locaux créés par ces organisations. Mais considérant les besoins aujourd’hui, pour la plupart d’entre-elles, leur présence ne pourrait être remise en question. De ce point de vue, je me réjoui également du choix de la Fondation Damien qui fait ici un travail en profondeur, dans une transparence totale, avec une grande humilité, et avec une politique d’investissement extrêmement bien maîtrisée.

Enfin, comment donner mes premières impressions sans mentionner l’accueil des Congolais, leur gentillesse, et leur volonté de participer à la construction de ce nouveau Congo avec tout leur cœur.

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