récit d'une mission au Congo

récit d'une mission au Congo

"anamorphosis"

par michael van overstraeten

la disparition des sexes

le quotidienPosted by Michael 22 Apr, 2008 11:36:52
Voilà, je sors brièvement de mon silence pour rapporter la dernière rumeur qui illustre bien à la fois ces croyances encore très présentes en Afrique, et le problème de la vengeance.

Des rumeurs, il y en a eu beaucoup pendant mon long silence.
Par exemple, la rumeur selon laquelle le président avait été assassiné qui s’est propagée comme une trainée de poudre il y a quelques mois. Un vent panique commençait à souffler sur Kinshasa, et de nombreux congolais quittèrent leur travail pour se mettre à l’abri. Fausse rumeur, mais ré-exploitée quelques semaines plus tard : Il s’agissait d’un test pour évaluer la réaction de la population avant le véritable attentat.

Mais la rumeur qui court ces jours-ci est d'un autre ordre. Il semblerait qu'un groupe de sorciers se promène en ville. Par simple toucher, une poignée de main par exemple, ils feraient disparaître votre sexe.
Et la rumeur enfle.
Ce matin, je recevais dans mon bureau un de nos chauffeurs demandant d’organiser temporairement un transport le matin et le soir pour les employés. Le risque de se faire toucher par un sorcier dans un taxi collectif serait trop grand, et les conséquences catastrophiques me soutiendra-t-il. Vous risquez de perdre votre sexe, la famille et tout le monde vous rejettera, etc.. La peur pouvait se lire sur son visage.
Les croyances liées à la sorcellerie sont très présentes, et peu importe le niveau d'éducation ou social. Il ne sera pas rare que quelques évènements malheureux ou contretemps soient immédiatement attribués à un mauvais sort, ou à "quelqu'un qui vous en veut".

Bref, que faire ? Je respecte leurs croyances, mais je ne peux pas décemment utiliser les ressources de la Fondation Damien et organiser un service de taxi pour cause de disparition de sexes…

Je fis donc quelques recherches dans la presse locale et sur internet pour tenter d’objectiver le phénomène. Visiblement ce type de rumeur trouve son origine au Tchad où elle fut utilisée pour stigmatiser certaines tribus du Niger. Elle sera ensuite largement exploitée en Afrique de l’Ouest en tant que déclencheur pour susciter une vengeance par le lynchage collectif des victimes accusées de sorcellerie.

C’est très probablement également le but initial poursuivi à Kinshasa. Les attroupements et mouvements de foules se multiplient dans les quartiers autour des victimes ayant perdu leur sexe, avant de se retourner contre le coupable désigné. Le fait est que tout le monde entend les histoires amplifiées par la panique et les attroupements, mais personne n’a réellement vu de sexe disparu. La véritable victime est donc ce coupable que l’on aura désigné sorcier.

Documents à l'appui, j'ai donc tenté d'expliquer cela et demandé de faire attention à ces fameuses rumeurs qui ne sont pas toujours innocentes avec le risque de se tromper de coupable.

Cela dit, il est quelque part rassurant que l'Afrique ait pu préserver certaines de ces croyances qui font partie de son identité.

(pour plus info, l'article du journal "Le Phare" à ce sujet. Pour une fois, les journaux n'ont pas participé à la psychose)

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le silence...

le quotidienPosted by Michael 15 Dec, 2007 11:41:47
Cela fait bientôt deux mois que je n'ai plus donné de nouvelles sur ce blog...
Je m'en excuse, mais la fin d'année est particulièrement chargée.

Pourtant, il y en a des choses à raconter, en commencant par ma dernière mission à Inongo au bord du lac du Maï-Ndombe. Il s'agit un endroit fantastique, l'Afrique dont on rêve.

Seulement voila, pour l'instant le temps manque et la semaine prochaine je pars en congé pour 3 semaines afin de découvrir l'Ethiopie.
Puis janvier aussi, sera chargé.

Dès que possible (sans doute en février), je reprendrai l'écriture de ce blog, promis !

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Jackson Wilson

le quotidienPosted by Michael 16 Oct, 2007 15:07:21
Je dois reconnaître qu’à entendre le président dans les conférences de presse, je suis de plus en plus convaincu par sa bonne volonté et ses décisions, même si les congolais s’impatientent et que les résultats se font attendre.
Les plus fervents défenseurs du président accuseront le gouvernement et accueilleront avec soulagement son futur remaniement. Ce réaménagement devrait également permettre de diminuer le nombre de ministres qui est ridiculement élevé (plus de 60) surtout si l’on considère en parallèle la démarche de décentralisation avec transfert de compétences vers les ministres provinciaux.
Les détracteurs du président accuseront le pouvoir en place, venu de l’est, d’être partial. Il semble en effet que pour trouver un emploi de fonctionnaire aujourd’hui, les chances seront meilleures s’il on vient de l’est du pays. D’autre part, certains kinois s’irriteront d’autant plus des tracasseries quotidiennes qu’elles sont perpétrées par des agents venu de l’est.

Bref tout est loin d’être parfait, mais tenant compte de l’ampleur du défi et du manque de moyens, je considérais pour ma part que les actions, ou tout au moins les intentions du président étaient relativement satisfaisantes.

Sauf que, la semaine dernière, a la lecture de la dernière interview du président Joseph Kabila lors de son passage à l’ONU, je me suis trouvé particulièrement confus. En effet, si ses ambitions pour le Congo sont considérables, elles étaient devenues démesurées et même dangereuses. Faire du Congo une grande puissance économique d’Afrique c’est évidement un bel objectif; en faire une puissance militaire, dans une optique de défense pourquoi pas; mais en faire une puissance nucléaire me semblait d’abord illusoire, mais surtout inacceptable.

Mais quelle mouche avait donc piqué Joseph Kabila ? Car il ne s’est pas arrêté là. Dans cette même interview, comme le fit son père avant lui, il se distanciait également de ses soutiens traditionnels (européens ou américains) pour se tourner entre-autres vers la Chine (qui vient d’ailleurs d’accorder au Congo un prêt record). La soudaine admiration du président pour Hugo Chavez pouvait encore paraître légitime, mais celle pour Castro ou Ahmadinejad me semblait beaucoup plus suspecte.

Tout ceci me fit finalement douter de ce journaliste américain indépendant qui avait publié l’interview. Après quelques recherches sur ce ‘Jackson Wilson’, il m’apparu bien vite que les seuls articles publiés concernaient la vente à l’Iran d’uranium ou une affaire autour de Louis Michel il y a quelques années – deux affaires inventées de toute pièce.

A part cela, pas de trace du journaliste sauf, quelle surprise, sur les sites du MLC de Jean-Pierre Bemba et de l’UDPS d’Etienne Tshisekedi. Et oui, bien que cette interview ait fait la une d’un quotidien, Jackson Wilson n’existe pas plus que le mercure rouge.

Le lendemain, l’entourage du président publiera un démenti formel et me voila rassuré.

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les transports

le quotidienPosted by Michael 16 Oct, 2007 12:42:05
Véritable casse-tête pour la plupart des kinois, les transports restent très compliqués. Presque aucun bus, pas de taxis organisés, alors quelles solutions pour se déplacer en ville, ou pour conduire ses enfants à l’école ?

En réalité, il existe bien des taxis collectifs, sorte de covoiturage dans des voitures particulières. Ils tournent sur les axes principaux pour transporter leurs clients qui, selon la distance, paieront entre 100 et 500 francs congolais par personne.
Considérant la forte pénurie de transport, cela reste la loi du plus fort pour y trouver une place, ou encore des heures d’attentes sur les arrêts improvisés. Et lorsqu’une place aura été trouvée dans un taxi, on y sera bien souvent entassés les uns sur les autres.

Quand aux véhicules, il s’agit donc de voitures ou de camionnettes transformées en minibus par la perforation de fenêtres circulaires dans la tôle et par l’installation de quelques chaises. Leur état est souvent extrêmement dégradé, de véritables épaves. Mais voilà c’est sans doute là, par la force des choses, l’un des talents les plus développés au Congo : la mécanique. Difficile parfois de croire que ces véhicules sont encore en état de marche, et pourtant ils roulent.
Notons aussi que ces épaves qui en Europe ne vaudraient pas plus de 100€ sont ici vendues entre 1000 et 3000$ - importation oblige.

Depuis les élections, une tentative de régulation est cours. Le nombre maximum de passagers dans une voiture berline a été ramené à cinq. Le gouvernement provincial de Kinshasa a par ailleurs imposé aux ‘taxis’ de s’identifier par la peinture des couleurs nationales sur la carrosserie (bleu, rouge, jaune). Seulement cette instruction restant très vague, chaque taxi en a eu sa propre interprétation.
Si aujourd’hui on retrouve généralement ces trois couleurs, aucun taxi ne se ressemble, parfois bleu au-dessus, parfois jaune, bande rouge sur le côté, sur le toit, sur le capot, ou encore ailleurs. Finalement, cette mesure visant à embellir le paysage urbain par une uniformisation, a été mise au frigo. D’autant que le coût (+/- 250$) était inabordable pour beaucoup de taxis.

Outre les voitures, la marche reste le mode de transport le plus courant. Avec ses 8 millions d’habitants les rues de Kinshasa grouillent de monde.

Quand aux voyages vers les autres villes provinciales, après la disparition des routes, les transports aérien ou fluvial sont ici les seules solutions même si leur fiabilité est très variable. Les accidents aériens sont nombreux, plus particulièrement avec les cargos Antonov.
Certaines ONGs interdisent à leur personnel d’utiliser tous les avions mis sur la liste noire de l’Union Européenne (c’est-à-dire tous, sauf deux), avec pour résultat qu’ils devront parfois transiter par l’Afrique du Sud pour par exemple se rendre à Lubumbashi.
De notre côté et ‘dans la mesure du possible’, nous avons décidé d’éviter les cargos Antonov, malheureusement certaines régions ne sont accessibles que par ce biais.

Mis à part les risques d’accidents, c’est le respect des horaires qui pose problème. Pour ma mission à Kisangani par exemple, l’heure de départ avait été changée 3 fois la veille et le jour du décollage.
Autre exemple plus déplaisant, au retour de notre réunion annuelle, le docteur de la province du Tanganyika est resté bloqué 3 semaines à Lubumbashi en transit vers Kalemie faute de kérosène pour les avions…

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le roulage

le quotidienPosted by Michael 05 Oct, 2007 16:25:38
J’avais pu l’éviter la première fois en niant les injonctions de l’agent et en fuyant, mais cette fois c’est fait, j’ai vécu mon premier litige avec le roulage (police de la route).

Mon erreur aura été d’avoir laissé ma fenêtre ouverte ce qui a permis à l’agent d’ouvrir la portière pour s’installer sur le siège arrière.
La méthode est en effet souvent celle-là : prendre place sur un siège passager afin de pouvoir discuter calmement du prix d’un sucré.

S’il l’on veut éviter ce type de tracasserie, il sera donc généralement conseillé de fermer toutes les portières et vitres et de ne jamais donner les documents de bord ou le permis mais simplement de les monter à distance.
En effet, s’il l’on donne un document, il y fort à parier que l’agent l’emportera et que le paiement d’un sucré soit la seule manière de le récupérer.

Cela dit, c’est de bonne guerre et l’essentiel est de prendre les choses avec humour et bonne humeur dans les longues discussions qui suivent.
Le fait de travailler pour une ONG aide d’ailleurs à renégocier les prix à la baisse, surtout s’il l’on insiste sur le fait que l’argent vient de donateurs privés et non de l’état belge. En expliquant que cet argent qu’ils demandent devait servir à soigner des congolais, les agents seront sans doute un peu moins revendicatifs.

J’ai finalement cédé pour une somme sans doute trop élevée (équivalent à 10€). Mais il s’agissait de ma première expérience de ce type, et j’imagine que la prochaine fois, je m’en sortirai mieux…

Ah oui, le prétexte (bien sûr inexact) pour ce litige était le fait que j’utilisais mon gsm au volant à l’approche d’un passage à niveau…

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le mercure rouge

le quotidienPosted by Michael 05 Oct, 2007 13:53:52
Singulière histoire que celle du mercure rouge et belle illustration de la folie médiatique qui au départ de quelques rumeurs fini presque par faire vaciller l’état (lire aussi le prochain article sur le fameux Jackson Wilson).

Tout commença lorsqu’un député de la province du Bandundu accusa le vice-président de l’assemblée d’avoir subtilisé 12 bouteilles de mercure rouge cachées depuis 40ans dans un hôpital de la région. La valeur de cette richesse spoliée était ‘inestimable’, des millions.
L’histoire fit rapidement la une de la plupart des quotidiens. Voila qu’après les colons et les multinationales, c’est l’état central et ses mandataires qui commencent à dépouiller les congolais de leurs richesses minérales.

Après quelques jours de vives discussions tant dans la rue qu’à l’assemblée, voila qu’un expert indépendant vient enfin éclairer notre lanterne : le mercure rouge liquide n’existe pas.
Si ce liquide est rouge, il ne s’agit certainement pas de mercure mais d’alcool, la confusion venant des thermomètres. Par contre, il peut s'agir de cinabre (minerai de mercure oxydé) mais alors il n'est pas liquide. Quoi qu'il en soit, la valeur totale des 12 bouteilles n’excèderait pas les 1000$...

Et l’expert de mettre en garde la population (et les élus) contre les escrocs qui vendent ce fameux mercure rouge à prix d’or. Le Congo a été spolié de tellement de richesses que la susceptibilité des citoyens sur ce sujet est compréhensible, mais l’expert les conseillera de se renseigner sur la valeur réelle des choses.

En fait, le ‘précieux’ liquide avait simplement été prélevé par le ministère de mines afin d’en faire l’analyse.

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le délestage

le quotidienPosted by Michael 05 Oct, 2007 12:55:47
Le délestage est la ‘technique’ par laquelle la SNEL (Société Nationale d’Electricité) réparti les approvisionnements en courant. En clair, il s’agit de couper certains quartiers pendant quelques heures afin d’en approvisionner d’autres. Cette ‘technique’ est plus particulièrement mise en œuvre pendant la saison des pluies en raison des fortes chaleurs et des besoins en énergie des climatiseurs. Il ne sera donc pas rare de devoir faire face à ces fausses pannes, même ici dans le quartier de la Gombe qui est pourtant privilégié.

D’autre part, bien évidemment, il faudra également mentionner les nombreuses ‘vraies’ pannes. Elles-aussi sont plus fréquentes pendant la saison des pluies, l’eau endommageant les installations et favorisant les courts-circuits.
Cela dit, même sans pluies, la disponibilité de l’électricité est loin d’être garantie. Dans les 5 derniers jours (secs), je n’ai eu que quelques heures d’approvisionnement. Je ne regrette donc pas d’avoir racheté un petit groupe électrogène, même si je ne compte l’utiliser que très rarement. Je considère en effet que ces petits désagréments font partie du jeu et du charme du Congo…

De l’énergie pourtant, la République Démocratique du Congo n’en manque pas. Avec un fleuve qui a le plus grand débit au monde après l’Amazone, et avec ses innombrables affluents, le potentiel en énergie hydraulique est immense. Les barrages Inga (http://fr.wikipedia.org/wiki/Barrage_d'Inga) sur le fleuve Congo en sont un bel exemple sauf qu’aujourd’hui, faute d’entretien, seules quelques turbines fonctionnent encore, soit moins de 10% de la capacité. Des projets de réhabilitation, ou de construction de nouveaux barrages existent, mais ce sont bien sûr à nouveau les fonds qui manquent. Cette énergie est pourtant une richesse de plus au Congo, et permettrait d’alimenter presque toute l’Afrique centrale.

L’autre gros problème c’est la vétusté des infrastructures de transport de l’énergie.
Il y a bien eu quelques réalisations spectaculaires sous le régime de Mobutu, comme la ligne Inga-Shaba, la plus longue ligne haute tension du monde sur une distance équivalente à Londres-Athènes. L’objectif derrière ce projet était d’ailleurs surtout politique. Il s’agissait de faire dépendre la province minière du Katanga de l’énergie produite par le gouvernement central, et ainsi de contrarier les velléités séparatistes.
Cette réalisation reste néanmoins une exception. Il est par exemple plus rentable de racheter de l’énergie à l’Ouganda pour alimenter la province de l’Ituri que de construire des lignes de transport au départ des nouveaux barrages actuellement en construction dans le Kasai. C’est donc cette option qui a été retenue par le gouvernement.

Enfin, pour conclure sur les difficultés liées à l’énergie, citons encore les problèmes de variation de tension. Elles sont telles que tout appareil électrique devra être branché sur un stabilisateur et parfois un onduleur sous peine de griller. Malgré ces précautions, le nombre d’ordinateurs que nous recevons en réparation avec une alimentation ou une carte mère grillée reste encore très important…

Bref aujourd’hui, moins de 10% des congolais ont accès à l’électricité et certaines régions en sont totalement dépourvues. Les groupes électrogènes et problèmes liés à l’électricité dans nos coordinations provinciales sont donc un des aspects les plus critiques dont j’ai la responsabilité.

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une question d'échelle

le quotidienPosted by Michael 14 Sep, 2007 14:39:32
Rappelons que la République Démocratique du Congo est immense, et la superposition des cartes ci-dessous le montre bien.
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S’il on devait ajuster un calque du Congo sur la carte de l’Europe en plaçant Kinshasa à hauteur de Bruxelles cela donnerait à peu près ceci :

Le Nord-Kivu et ses troubles se situeraient dans le nord de la Biélorussie.

L’épidémie Ebola de Mueka terroriserait à Prague.

Bunia serait une station touristique à quelques dizaines de kilomètres au sud de Saint-Pétersbourg.

Le foyer de Lèpre à Kalemie, au bord du lac Tanganika (le plus grand lac d’Afrique, en passant) déstabiliserait l’Ukraine et la Moldavie.

La belle Lubumbashi serait connue sous le nom de ville des trois frontières, à savoir celles de la Roumanie, de la Bulgarie et de la Serbie.

Le port le plus proche de Bruxelles serait Le Havre

Quand à moi, ma dernière mission à Kisangani m’aurait menée à Talin en Estonie.

Et enfin, ma prochaine mission à Mbandaka dans Equateur Sud me ferait redécouvrir le nord du Danemark.

Petit message donc à mes proches qui pourraient s’inquiéter en écoutant les nouvelles du Congo : Que ce soit un crash d’avion, une épidémie d’Ebola, le naufrage d’un ferry, des combats ou une insécurité croissante, ces évènement se déroulent à des centaines voire des milliers de kilomètres de Kinshasa… pas de quoi s’inquiéter donc.

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la maison

le quotidienPosted by Michael 11 Sep, 2007 09:36:33

Après six semaines d’activité, j’ai enfin pu intégrer mon logement définitif. J’aurai finalement repris le bail de la maison occupée jusque là par mon prédécesseur. Une maison ? Oui, une maison. Me voilà fort éloigné de mes idéaux où je m’imaginais dans un modeste appartement non loin des quartiers populaires. Alors qu’a-t-il bien pu se passer ?

Kinshasa est une grande ville, une très grande ville. Kinshasa vit sous une agitation constante. Les kinois sont pauvres, très pauvres. Si vous avez lu mon article sur « les premiers contacts », vous commencerez peut-être à comprendre pourquoi il serait virtuellement impossible pour moi, un blanc, de vivre en milieu populaire à Kinshasa.

Alors il reste la Gombe, ce quartier du centre de Kinshasa qui abrite les administrations, les institutions internationales, et au côté des rares kinois riches… les expatriés. Le choix du quartier s’est donc imposé malgré moi, même s’il offre bien sur des avantages. La proximité du bureau par exemple; fait non négligeable quand on mesure l’ampleur des embouteillages sur les deux ou trois routes principales encore ouvertes. Et puis aussi, la meilleure régularité de l’approvisionnement en électricité ou en eau.

Gombe, soit. Mais une maison ? Et bien c’est qu’avec le retour des nombreuses ONG et l’omniprésence des Nations Unies, les prix sont devenus grotesques tellement ils sont disproportionnés. Un bref sondage sur les prix des appartements disponibles a rapidement contribué à me convaincre. Et il vrai que c’est choquant de voir les appartements loués entre 2000€ et 6000€ dans une ville ou plus de 90% de la population vit sous le seuil de pauvreté…

L a reprise d’un bail existant pour la maison m’a donc permis de rester bien en deçà de ces prix indécents. Mais me voilà donc tel un colon, barricadé dans une maison trop grande pour moi, sur une parcelle bordée de murs de 2m surmontés de barbelés.

Il est vrai que vu ma charge de travail et l’oppression constante de l’agitation et des embouteillages en ville, je ne serai pas mécontent de trouver un peu de quiétude dans cette maison. Mais tout de même, de ce point de vue, je me retrouve assez loin de mes idéaux.

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les tracasseries

le quotidienPosted by Michael 11 Sep, 2007 09:35:22

Tracasserie, c’est le nom que l’on donne pudiquement aux tentatives de corruption. Les agents de l’état, qu’ils soient policiers, militaires, douaniers, fonctionnaires ou autres, étant peu payés, tentent d’arrondir leurs fin de mois par l’imposition de taxes imaginaires.

Cela ne se limite d’ailleurs pas aux agents en tant qu’individus, les institutions de l’état ou les entreprises publiques usent et abusent d’astuces pour remplir les caisses. L’imagination est souvent sans limite lorsqu’il s’agit de trouver de nouvelles rentrées.

Il ne sera par exemple pas rare de voir un agent de la DGM (Direction Générale des Migrations) vous présenter un faux document argumentant que la région que vous souhaitez visiter nécessite un permis spécial (presque inventé sur le champ). Inutile de dire que ce ‘permis’ peut être obtenu sur place moyennant le paiement de la taxe y afférant.

Quand aux déplacements quotidiens, ils seront parfois entravés par le ‘roulage’ (police de la route), ou par d’autres agents en mal d’argent qui cherchent soit à remplir les caisses de leur administration, soit les leurs. Un contrôle d’extincteur, d’identité, de permis, ou de bien d’autres choses, vous coutera des dizaines de minutes de discussion ou peut-être un ‘sucré’. Le terme de ‘sucré’ désigne les boissons sucrées (cola, et autres), mais désigne aussi le bakchich qui permettra de se sortir plus facilement de ce genre de situation, et puis finalement c’était de toute façon surement cela l’objectif du contrôle.

En Europe, nous soupçonnons parfois nos dirigeants d’installer des radars pour remplir les caisses de l’état. Mais ici, c’est une évidence. Pas de radars bien sûr, mais une augmentation suspecte des divers contrôles à chaque fin de mois.

Cela dit, soyons honnête, j’ai pour ma part été plutôt épargné par ce genre de situation et il semblerait qu’elles soient plus rares – ou non, disons plutôt moins fréquentes – que par le passé.

Quand aux tracasseries organisées, elles peuvent par exemple concerner la SNEL (Société Nationale d’Electricité) ou la REGIDESO (eh oui, en ce qui concerne les noms, les congolais ont aussi beaucoup d’imagination). Etant donné qu’ils ne suivent pas correctement les paiements, ils viendront fréquemment vous réclamer des factures imaginaires ou vielles de dix ans, sous peine de coupure.

En ce qui me concerne, je viens par exemple d’emménager, ce qui signifie donc naturellement que le locataire de cette maison vient de changer. Et bien, les nouvelles iront très vite. J’ai donc été mis en garde sur le fait que je peux m’attendre à voir débarquer dans les jours à venir d’innombrables agents de l’état. Ils ressortiront de vielles factures ou inventeront de nouvelles taxes...

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